Les allergies médicamenteuses
Antibiotiques, anti-inflammatoires, aspirine, voire médicaments antiallergiques… Tous les médicaments ou presque peuvent déclencher une allergie.
Simple intolérance médicamenteuse ou allergie vraie ? Pas toujours facile de différencier ces deux phénomènes, d’autant que les mécanismes qui les dirigent ont souvent des points communs (une éruption cutanée dans les deux cas). Les intolérances aux médicaments (les « fausses allergies ») sont fréquentes, tout comme les allergies. L’apparition de boutons sur la peau après un traitement ne permet donc pas d’affirmer qu’il s’agit d’une allergie médicamenteuse.
Principe actif ou adjuvant ?
La différence est de taille, car elle va conditionner le traitement ou la prévention d’une nouvelle « crise ». Pour compliquer le problème, signalons que, dans 1 % des cas, l’allergie n’est pas liée au principe actif (la molécule responsable de l’effet thérapeutique recherché), mais aux adjuvants, autrement dit aux autres substances présentes dans le médicament. D’où la possibilité d’être allergique à plusieurs médicaments qui partagent le même adjuvant. À l’instar des autres substances allergisantes (venin de guêpe, par exemple), l’allergie médicamenteuse peut survenir de façon immédiate ou retardée (plusieurs heures après la prise).
Antibiotiques surtout…
Si tous les médicaments ou presque peuvent être responsables d’allergie, ce sont surtout les antibiotiques et en particulier ceux appartenant à la famille des bétalactamines (pénicilline et céphalosporines) qui sont les plus concernés, avec plus de 50 % du nombre total d’allergies aux médicaments. Un peu plus loin derrière, les antibiotiques de la familles des sulfamides en représentent à eux seuls 20 %.
… Mais pas seulement
D’autres médicaments très prescrits peuvent être allergisants, comme les antidouleurs (Pro-Dafalgan notamment), l’aspirine, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les antipyrétiques (destinés à lutter contre la fièvre), ainsi que des anesthésiques généraux utilisés en bloc opératoire, des anticoagulants, les vaccins antitétaniques et certains vaccins antivenimeux, l’insuline, certains antihypertenseurs, sans oublier bien entendu des produits de contraste utilisés en radiologie. Mais, contrairement à une idée reçue, l’iode ne déclenche pas une allergie à proprement parler puisque les tests cutanés sensés reproduire l’allergie sont négatifs. Mieux vaut parler d’intolérance à l’iode !
Une histoire d’anticorps
D’une façon générale, l’allergie médicamenteuse peut relever de plusieurs mécanismes différents, comme la stimulation de certains globules blancs (mastocytes, basophiles…) ou de la synthèse de certains anticorps (Immunoglobulines E). Et les allergies peuvent survenir à tout âge, de l’enfant jusqu’à l’adulte, même après des années de bonne tolérance, malgré une prescription et un mode d’administration normaux.
La peau en première ligne
De tous les signes allergiques, l’éruption cutanée est la plus fréquente. Elle se traduit par un eczéma, une urticaire ou des démangeaisons accompagnées ou non d’éruptions. La réaction peut être généralisée et donc s’avérer grave, donnant lieu à un œdème de Quincke (gonflement et rougeurs diffuses) ou à un redoutable choc anaphylactique. Reste la possibilité d’un syndrome de Lyell (voir Belle-Santé N° 122, février 2010). Pour autant, une réaction cutanée n’est pas nécessairement d’origine allergique, mais peut correspondre à une infection ou à une banale intolérance. Enfin, l’allergie peut se manifester par des symptômes ORL, comme une rhinite, ou respiratoires, comme une crise d’asthme.
Tests cutanés
Difficile d’incriminer une réaction de type allergique devant une éruption cutanée. C’est d’autant plus difficile que le traitement comporte souvent plusieurs médicaments et qu’une allergie peut survenir après plusieurs années de traitement ! Et, dans le cas des antibiotiques, s’agit-il d’une allergie à l’antibiotique ou une réaction cutanée au germe concerné ? Ces raisons multiples amènent le médecin à recourir aux tests cutanés pratiqués en milieu spécialisé (qui vont démasquer la moitié des médicaments allergisants), à un bilan sanguin (dosage des anticorps antimédicamenteux, dosage des IGE…) ou à un test de provocation de l’allergie en réintroduisant dans l’organisme, à petite dose et sous surveillance, le médicament suspect. Une consultation auprès d’un allergologue ou d’un service spécialisé s’avère indispensable.
Suppression du médicament
En matière d’allergie médicamenteuse, il n’existe pas de méthode de désensibilisation. Comme avec les autres allergènes, le traitement de l’allergie passe par la suppression définitive du médicament concerné (port indispensable d’une carte d’allergique avec les papiers d’identité) ainsi que ceux issus de la même famille ou qui partagent la même molécule allergisante (génériques). Pour se soigner, il faut donc changer de famille médicamenteuse et choisir un traitement d’efficacité identique. Si le médicament allergisant est indispensable et sans équivalent dans la pharmacopée, on peut envisager de le réintroduire à condition que la réintroduction soit effectuée en milieu hospitalier et avec des doses progressivement croissantes.
Photosensibilisation
Dans certains cas, l’allergie provient d’une exposition solaire. C’est la photosensibilisation, où la prise d’un médicament suivie par une exposition au soleil provoque une éruption cutanée, été comme hiver. Parmi les médicaments photosensibilisants les plus fréquents, on retrouve les antibiotiques, certains antiseptiques, des désinfectants et certains gels anti-inflammatoires non stéroïdiens prescrits en rhumatologie (entorses, tendinites, etc.).
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