Le Bouc du Paradis

Ils m’ont invité sur la Lune. En tout cas, ça y ressemble. Des rocs dressés, des crêtes effilées, des cratères d’éboulis à perte de vue.

Leur royaume est une forteresse. Leur Roi m’attend en mâchonnant. Ce drôle de bouc aux cornes de viking a le regard d’un dieu oublié. Sage. Apaisé. Puissant.

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Pourtant, il s’en est fallu de peu pour que le Roi des montagnes ne disparaisse à jamais. Les bouquetins ont longtemps gardé l’avantage en haute montagne. D’un bond agile, ils échappaient à leurs ennemis sur des parois verticales où nul ne pouvait les suivre. Puis, nous avons inventé le fusil. Un carnage. Pour éviter l’extinction de l’espèce, nous avons avancé notre Roi. Un roi humain, Victor Emmanuel II. À la fin du XIXe siècle, le Grand Paradis devient sa réserve royale de chasse. Les règles y sont claires : interdiction de tirer sur le Roi des boucs et sa harde. Le bouquetin devient la première espèce animale protégée et le Grand Paradis, son royaume, le premier parc national d’Italie. La centaine de rescapés a repeuplé nos massifs alpins.

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