L’embolie pulmonaire
Un point de côté en bas des côtes, un essoufflement, une toux ou encore une petite poussée de fièvre, le tout dans un contexte de plâtre de la cheville ou d’intervention chirurgicale, il n’en faut pas beaucoup plus pour évoquer une embolie pulmonaire.
Cette pathologie cardio-respiratoire s’avère mortelle dans près de 10 % des cas… Alors, même si la majorité des embolies pulmonaires guérit sans trop de séquelles, elle demeure une urgence. L’embolie pulmonaire est relativement fréquente ; elle concerne environ 100 000 personnes par an et a tendance à récidiver : 10 % des patients rechutent au bout d’un an, 50 % à 5 ans et 30 % à 10 ans ! En d’autres termes, après une première embolie pulmonaire, la prudence est de mise dans les années suivantes et tout symptôme évocateur doit conduire à un bilan.
Une histoire de caillot…
L’embolie pulmonaire correspond à l’obstruction de l’une des deux artères pulmonaires (droite ou gauche) par un caillot issu dans 70 % des cas d’une veine des membres inférieurs (mollet) touchée par une phlébite. Autres phlébites possibles, celles qui siègent dans le petit bassin. Reste également les caillots fixés dans la veine cave inférieure (grosse veine qui draine le sang provenant des membres inférieurs). Des caillots qui peuvent se détacher de leur paroi veineuse et remonter jusqu’aux artères pulmonaires qui irriguent le poumon. En fonction de son calibre, le caillot va cheminer dans l’artère pulmonaire ou l’une de ses branches jusqu’à ce qu’il se retrouve bloqué à un niveau plus ou moins éloigné de la naissance de l’artère. La conséquence est simple : le territoire pulmonaire, irrigué par cette artère, ne l’est plus. Et lorsque le caillot est très gros, ou si le patient est fragile ou âgé, le risque de décès immédiat est important. Enfin, dans certains cas, l’embolie pulmonaire n’est pas le fait d’un caillot de sang, mais d’un caillot graisseux, d’une bulle de gaz voire de cellules cancéreuses agglomérées.
… Et de stase veineuse
Pour que le caillot puisse se former, encore faut-il un « terrain » favorable, comme la stase veineuse par exemple. Autrement dit, un ralentissement du flux sanguin qui favorise l’agrégation du caillot. Il se détache d’autant plus facilement qu’il s’est formé depuis moins de 5 jours et qu’on le mobilise par un lever, lors d’un alitement par exemple.
Des signes évocateurs
Rarement au complet, la symptomatologie de l’embolie est assez typique dès lors qu’on relie ensemble les petits signes présents. Pour autant, moins de 40 % des embolies pulmonaires sont diagnostiquées. D’où l’intérêt de bien connaître les petits signes : une angoisse inexpliquée, une douleur thoracique brutale, semblable à un point de côté et augmentée à l’inspiration, une difficulté respiratoire soudaine, une fièvre à 38 °C, une toux, un malaise lors d’un lever, une coloration bleutée des extrémités (cyanose), ainsi qu’une petite accélération du rythme cardiaque (tachycardie). Plus tardivement apparaissent des crachats sanglants (hémoptysie).
L’hospitalisation en urgence
Une hospitalisation en urgence s’impose dès lors qu’une embolie pulmonaire est évoquée. Elle permet de confirmer le diagnostic à l’aide de l’électrocardiogramme, du dosage des gaz du sang, de la radiographie pulmonaire, et surtout du dosage sanguin de marqueurs comme les « D-dimères » et de certaines enzymes. La certitude proviendra d’examens plus spécialisés : scintigraphie pulmonaire, angiographie (opacification des vaisseaux), voire angioscanner spiralé. L’hospitalisation permet aussi de retrouver l’origine du caillot grâce à un échodoppler des membres inférieurs (examen par ultrasons des vaisseaux).
Anticoagulants
Le traitement de l’embolie pulmonaire repose sur la dissolution en urgence du caillot grâce aux anticoagulants (antivitamine K et héparine). Lorsque l’embolie pulmonaire est menaçante, la fibrinolyse est nécessaire. Elle consiste à injecter par voie intraveineuse un médicament qui va dissoudre le caillot, à l’instar du traitement en urgence de l’infarctus du myocarde. Reste enfin le repos au lit et la mise sous oxygène. En prévention, les médecins mettent leurs patients sous anticoagulants lorsque les circonstances l’exigent (voir encadré) et favorisent le lever précoce. Une contention veineuse est également indiquée.
CIRCONSTANCES FAVORISANTES
Plusieurs situations favorisent la formation d’un caillot et, par voie de conséquence, augmentent les risques d’embolie pulmonaire :
– Pose d’un plâtre ou d’une résine de jambe (fracture) ou de cheville (entorse)
– Alitement prolongé, au décours d’une intervention chirurgicale ou d’un handicap temporaire
– Intervention chirurgicale sur le petit bassin notamment, datant de moins de 3 mois (prostatectomie, hystérectomie…), mais aussi digestive
– Anomalie de la coagulation entraînant une hyper-coagulabilité (le sang a tendance à coaguler trop facilement)
– Mauvaise circulation sanguine
– Présence de varices aux membres inférieurs
– Obésité
– Cancer
– Tabagisme
– Grossesse
– Contraception orale (pilule)
– Accouchement et post-accouchement
– Insuffisance cardiaque.
