Le temps des cerises

Quelques conseils pour ne pas renoncer au temps des cerises et les partager avec les gais rossignols et les merles moqueurs !

Tous les ans, très attendues, les premières cerises du jardin restent un plaisir incertain. Tout s’en mêle ! 

Tout s’en mêle ! L’arbre est trop jeune ou trop vieux, il gèle en mai, les insectes sont frileux ou paresseux, les oiseaux prennent leur part sans crier gare et, même parfois, les cerises s’installent dans des zones peu accessibles, rendant obligatoires quelques acrobaties, qui peuvent se révéler plaisantes et revigorantes, mais qui, il faut bien le dire, ne sont pas du goût de tout le monde ! Bref, manger tous les ans quelques cerises bien fermes et bien dodues sur son cerisier n’est pas si facile, pourtant c’est si bon… et, finalement… assez simple !

Savoir choisir un cerisier

S’il y a un arbre fruitier à acheter chez un spécialiste, c’est bien le cerisier ! Pour le choix de la variété, il vous faudra arbitrer entre les critères gustatifs, la rapidité d’entrée en production, l’adaptation de cette précocité au climat de votre région et le type de pollinisation (les variétés à port érigé entrent plus lentement en production). Il est impératif de savoir quel est le porte-greffe, car c’est lui qui détermine la vigueur végétative et donc le volume occupé par le cerisier adulte. Porte-greffe et variété déterminent la taille et la conduite. Si vous ne connaissez pas les caractéristiques de votre cerisier déjà en place, donnez-vous un temps d’observation et, ensuite, n’hésitez pas à tester quelques-uns des conseils concernant la conduite et la taille.

Quelques caractéristiques essentielles

Pas de fruits sans pollen

Pour les cerisiers, soit la variété est autofertile et l’arbre n’a pas besoin de recourir au pollen des voisins, soit il faut planter d’autres cerisiers pollinisateurs (même époque de floraison et compatibilité pollinique) ou espérer qu’il y en ait à moins de 25-30 mètres à la ronde ! Parmi les variétés auto-fertiles, vous trouvez Cerise acide de Montmorency, Bigarreau Summit, Bigarreau Sweetheart Sumtare. Autrement, il faut savoir que Hâtif de Burlat est un bon pollinisateur pour Coeur de pigeon, Van, Napoléon, Reverchon et Géant d’Hedelfingen ; la seule réserve étant toujours la coïncidence des floraisons. Sachez qu’en principe les cerises acides sont auto-fertiles et très bonnes pollinisatrices, ce qui n’est pas le cas des variétés douces.

Les cerisiers sont des arbres greffés

Chaque partie, le porte-greffe et le greffon (ou variété fruitière), a son rôle et son identité génétique. Le porte-greffe fournit le système racinaire, l’accès à l’alimentation. De ce fait, il conditionne le potentiel de croissance végétative de la variété et la façon dont on va la conduire pour assurer l’équilibre entre pousse et fructification. La variété fruitière détermine la structure et l’orientation du développement des rameaux, ces deux composantes influençant fortement la mise à fruit et sa régularité !

La bonne association porte-greffe et greffon est donc importante pour la suite. Elle pose les questions suivantes :

  • Dans combien de temps vais-je avoir une production ?
  • Comment vais-je devoir tailler mon cerisier ?
  • La production sera-t-elle régulière chaque année ou non ?
  • Que faire pour favoriser la fructification et sa régularité ?

Les porte-greffes

Nom du porte-greffeCaractéristiquesOrientation de la conduite
Tabel ® Edabriz
Gisela
Reste nainBonne fructification
Maxma Delbard®14
Brokforest
Intermédiaire 
Sainte Lucie 64VigoureuxMaîtrise du volume indispensable
Adapté aux excès d’eau
(inclinaison, taille en vert)

Un autre look pour votre cerisier

Il est habituel de dire que le cerisier n’aime pas trop être taillé car, comme la plupart des espèces à noyau, en réaction aux blessures, l’arbre produit de la gomme, ce qui l’affaiblit, mais surtout constitue un véritable milieu de culture pour divers parasites (bactéries et champignons). De là à se contenter d’un élagage périodique, il n’y a qu’un pas, et c’est ce que font de nombreux jardiniers ! Pourtant, les pratiques récentes des professionnels montrent la nécessité d’une taille de formation, d’un nettoyage régulier de la couronne et d’une taille de fructification dans certains systèmes de conduite, taille qui a l’avantage de garantir une production tous les ans.

En règle générale, de nombreux arboriculteurs préconisent, quand c’est possible, l’inclinaison des branches et le palissage (maintien par des liens au fur et à mesure de leur croissance ) ; les règles physiologiques qui déterminent la rapidité et la régularité de la mise à fruit, ainsi que le calibre du fruit, sont en grande partie communes avec celles concernant les espèces à pépins, la conduite de l’arbre sera donc assez voisine de ce qui se fait en pommiers ou poiriers.

Comment s’y prendre ?

Faire connaissance avec l’arbre

Une forte dynamique de croissance de l’extrémité des rameaux et les bouquets de mai, voilà les deux éléments qui déterminent l’allure de nos cerisiers.

Les rameaux ont une croissance érigée, le bourgeon terminal ne donne que du bois et ralentit la formation des bourgeons inférieurs, limitant ainsi la croissance de ramifications. Conclusion : dès que l’on supprime l’œil terminal, on génère la pousse de rameaux axillaires, mais, rapidement, le plus proche de l’extrémité de la branche remplacera celui qui a été taillé. Autre solution : incliner la branche.

Les fameux bouquets de mai : ils sont portés par le bois de deux ans et plus. Ils sont formés au centre d’un bourgeon à bois entouré de 6 à 9 bourgeons à fleurs. Tous les ans, les bouquets de mai s’allongent un peu. La durée de vie d’un bouquet de mai est de 3 à 5 ans. Lorsqu’il disparaît, si l’arbre est équilibré, un rameau reperce plus bas et à son tour il portera des bouquets de mai… Un cerisier peut produire pendant 50 ans!

La formation de l’arbre

Ce n’est pas cette opération qui influence le plus directement le rendement et la qualité. Par contre, elle joue sur la rapidité de la mise à fruit et permet de répondre aux contraintes d’espace dans votre jardin, et vous assure un accès facile aux fruits ! L’idéal est de pratiquer les trois types d’interventions suivantes :
Il faut d’abord établir des charpentières équilibrées, bien reparties dans l’espace autour du tronc et de vigueur équivalente (diamètre). Il faut ensuite provoquer leur démultiplication en raccourcissant les rameaux d’un an, de façon à ce qu’ils ramifient. On construit ainsi un gobelet traditionnel ou une forme pleureuse. Cette dernière est aussi appelée «solaxe». Pour l’obtenir, on «plie» les branches charpentières (de une à trois) sous l’horizontale et on déclenche, en taillant leurs extrémités, l’apparition de rameaux axillaires.


Aux extrémités des branches se développent, dans l’année, des rameaux latéraux, non encore fructifères. Ce sont les verticilles. On va les tailler en vert, c’est-à-dire en juin, en les rabattant à 20-30 cm de long, sans toucher au prolongement de la branche porteuse. Avantages de cette intervention : bonne répartition de la lumière dans la couronne et bon éclairement du bas de l’arbre, ce qui évite son dégarnissement.

L’inclinaison des branches de 40 à 50° sous la verticale (pas plus !) se fait après la floraison. Elle ralentit la pousse et active la mise à fruits.

La taille de fructification

À faire tous les ans sur les arbres à maturité. Elle est indispensable pour renouveler les bouquets de mai, assurer un bon éclairement de l’arbre et un bon équilibre feuilles-fruits, garant d’un calibre correct (voir croquis 2). Raccourcissez les rameaux trop chargés et dont la pousse de l’année est faible et complétez, si besoin, par une taille d’élagage. Il s’agit de supprimer entièrement une branche gênante, faible ou même une charpentière pour rééquilibrer l’arbre. Pour les grosses branches, on intervient en été, ce qui limite la gommose. De plus, la taille d’été est affaiblissante alors que la taille d’hiver est revigorante.

Une innovation : la taille d’extinction

Là, il vous faut faire un choix : environ 50 % de récolte en moins, mais des cerises qui ont un calibre de 28-30 mm au lieu des 20-22 mm habituels ! Autres avantages : dans la plupart des cas, on constate la disparition du phénomène d’alternance. Vous êtes donc sûr d’avoir des fruits tous les ans. Les bouquets de mai ont une plus grande longévité, la coloration et la maturité des fruits sont plus homogènes et enfin on constate une réduction nette des attaques de monilliose.

Un paramètre à prendre en compte : la forme de l’arbre ; les résultats sont plus probants pour la conduite en axe vertical ou en solaxe.

Le principe : on supprime les bouquets de mai jugés en surnombre ; l’évaluation se fait par rapport au diamètre de la branche et à la présence de jeunes pousses qui alimenteront les bouquets par l’activité de leurs feuilles.

Cette suppression se raisonne à deux niveaux :

  • au niveau de la branche. En principe, c’est au point de jonction entre la base du bois d’un an et le sommet du bois de deux ans que la densité des bouquets de mai est à réduire
  • au niveau de l’arbre. Il faut dégager la base des branches le long du tronc.

Que faire pour un vieil arbre ?

Chez les vieux sujets, soit on ne peut plus récolter la majorité des cerises, soit il faut nettoyer la couronne car la lumière y pénètre mal et certaines branches dépérissent ou sont couvertes de mousses, lichens ou sont parasitées par des champignons ou des bactéries. On peut procéder à un élagage très sévère en été avec des outils désinfectés à l’alcool à brûler et en couvrant les plaies avec du mastic à chaud. L’intervention ne se fera que sur un arbre en bonne santé : elle peut aller du rabattage du tronc à 50-60 cm du sol, à la conservation de trois-quatre charpentières ou de deux branches érigées pour démarrer un port pleureur à partir des nouveaux rameaux. Dans tous les cas, les branches conservées sont réduites en longueur.

La culture du cerisier, quelques pistes… à creuser !

Jouer sur l’étalement de la récolte

Avec plusieurs variétés judicieusement choisies en fonction de leur précocité, vous pouvez manger des cerises de votre verger pendant presque trois mois. Attention à tenir compte des contraintes de fertilité pour associer les variétés. Dès fin mai, récoltez les variétés Hâtif de Burlat et Cerise acide de Montmorency, puis en juin Coeur de pigeon, Napoléon, Bigarreau Summit, et la saison se poursuit avec Van, très productive, Reverchon, Géant d’Hedelfingen, Bigarreau Sweetheart Sumtare.

Une palette gustative riche

Il y a cerises et cerises ! Les bigarreaux, cerises douces à chair ferme et sucrée (Marmotte, Hâtif Delbard, Moreau pour les moins connues, les burlats…), les griottes, fruits acidulés, croquants (Montmorency, Kelleris 14), les cerises tendres, sucrées et acidulées, issues d’un croisement entre griottes et bigarreaux (Belle magnifique, Allégria, Anglaise hâtive), les guignes, qui sont des cerises douces à chair tendre (Early rivers, récolte fin mai-début juin).

Pas de jardin, mais des cerises !

Les variétés de cerisiers adaptées à la culture en bac vous assurent des récoltes de quelques kilos pour des arbres qui feront 2 à 3 m à maturité. Anglaises hâtives (auto-fertiles) offrent des fruits dès mi-juin, Garden Bing (auto-fertile) courant juin, Sunburst (auto-fertile) fin juin à début juillet.

Les variétés précoces intéressantes ?

Oui , même si, effectivement, les risques liés au froid (gel des fleurs ou des jeunes fruits ou déficit de pollinisation, faute d’activité des insectes) sont plus importants, car les fruits arrivent à maturité alors que la population de mouches adultes est inexistante ou réduite. Petit rappel pour limiter les mouches des fruits : il faut impérativement se débarrasser de tous les fruits infestés (brûlage).

Les cerises jaunes moins prisées !

Dommage, car elles ont un petit avantage : si nous les délaissons, nos amis les oiseaux aussi ! Donc, jardiniers gourmands et peu partageurs, adoptez la Jaune de Buttner, une excellente variété ancienne qui se récolte fin juillet. Prévoyez-lui un Burlat comme pollinisateur.

Ce que préfèrent les cerisiers

  • les sols fertiles et humifères, mais savent se contenter de sols plus pauvres et même de terrains calcaires (surtout les cerises acides)
  • Une situation ensoleillée, aérée mais pas trop ventée
  • Le froid ne les gêne pas, sauf en période de floraison et nouaison (le seuil de sensibilité est de -1,5 /-3°C maximum)
  • Une fumure organique riche en oligoéléments (magnésium, bore), apportée en paillage au printemps.

Ce qu’ils ne supportent pas

  • L’excès d’eau et la stagnation d’eau dans le sol
  • Les situations froides, humides et sombres
  • Les sols trop calcaires ou trop secs
  • Les atmosphères confinées
  • Les plaies de taille ou accidentelles. Prenez soin de toujours éviter d’écraser les tissus lors de la taille. En cas d’accident, refaites une coupe nette. Pour les grosses branches, orientez la coupe pour faciliter l’écoulement de l’eau. Enduisez toutes les plaies de goudron de Norvège ou mastiquez-les.

Ce qu’ils nous disent

La gommose est une façon de signaler leur inconfort en cas de sols imperméables et asphyxiants, en réaction à une taille trop sévère, à une blessure des tissus (grêle, gel…), à une attaque parasitaire : moniliose, maladies diverses (chancre bactérien), présence d’insectes parasites (xylébores…).

Ce qu’ils nous donnent

L’entrée en production ne se fait pas avant trois ou quatre ans. Dès la première année, la récolte est acceptable pour les variétés naines cultivées en pots. Un arbre peut faire plus d’un mètre de pousse par an (à prévoir lors des plantations). Un adulte haute tige peut produire une bonne année jusqu’à 250 kg de fruits, un demi-tige autour de 30-40 kg. Entre la floraison et la maturité, il s’écoule en moyenne quarante jours. Les feuilles peuvent être utilisées pour faire un vin qui est consommé en apéritif, les pédoncules des fruits pour des tisanes drainantes et diurétiques. Le bois du cerisier est dur et prisé en menuiserie.

Pas de cerisier au potager

La culture de légumes au voisinage d’un cerisier risque de poser quelques problèmes de travail du sol et de concurrence alimentaire (eau et sels minéraux), car cet arbre a des racines très superficielles. Il semble que les fraisiers, par contre, apprécient son voisinage.

Trousse d’urgence pour des cerises bio !

Faire de la cerise bio est assez aléatoire, d’une part parce que les moyens de lutte respectueux de l’environnement ne sont pas nombreux ni très efficaces et, d’autre part, car la réalisation des traitements, du fait du volume des arbres, n’est pas facile.

Prévention tous azimuts : nettoyage et brûlage des organes infectés, désinfection systématique des outils, aération de l’arbre, bonne alimentation, évitez l’asphyxie racinaire (aérer le sol, éliminer l’eau stagnante)…

  • Renforcez les arbres avec des pulvérisations d’infusion de prêle et assurez la nutrition foliaire avec des pulvérisations d’algues.
  • Pas trop de cuivre. Faites les pulvérisations aux moments-clés : à la chute des feuilles, au débourrement des bourgeons et à la chute des pétales. Plutôt que d’augmenter la concentration en cuivre pour plus d’efficacité, ajoutez un peu de détergent bio utilisé pour la vaisselle.
  • Contre la moniliose : la taille et l’extinction ont un rôle préventif positif, les traitements au soufre.
  • Pensez aux anneaux de glu pour lutter contre Cheimatobie (Operophtera brumata).
  • Piègez la mouche de la cerise (les variétés précoces échappent à ce ravageur).

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