Le bézoard gastrique, ou quand l’estomac devient fou

Clous, cheveux, matières végétales, cailloux et autres concrétions… autant de corps étrangers inattendus qui peuvent être stockés dans l’estomac pour constituer des bézoards. Gros plan sur un phénomène curieux connu depuis l’Antiquité.

Des douleurs abdominales inhabituelles, des images douteuses sur la radiographie de l’abdomen ou à l’échographie… il n’en faut pas beaucoup plus pour décider d’une fibroscopie gastrique. Surprise : au lieu de l’ulcère ou du cancer attendu, le praticien se retrouve parfois devant un bézoard, autrement dit une accumulation de débris d’origine alimentaire qui n’ont pas été évacués ni digérés par l’estomac. Un phénomène curieux qui concerne l’humain comme les ruminants !

Rare, mais pas exceptionnel

Ce phénomène étrange d’accumulation dans l’estomac n’est pas aussi rare qu’on pourrait le croire, même en l’absence de trouble gastrique. En revanche, il paraît plus fréquent dans les suites des interventions chirurgicales sur l’estomac (gastrectomie partielle) qui favorisent la formation de concrétions et ce, du fait d’un déficit de brassage des aliments ou d’un mauvais transit au pourtour de la région opérée (les aliments s’évacuent mal). Un déficit de sécrétions favorise également la formation de magmas alimentaires. Rappelons que l’estomac sécrète de façon naturelle de l’acide chlorhydrique destiné à fragmenter les aliments. Le manque de mastication, volontaire par tachyphagie (consommation trop rapide), ou lié à un état dentaire défectueux, expose aussi aux bézoards. En cause, la mauvaise imprégnation des aliments par la salive qui contient des enzymes nécessaires à la prédigestion des aliments (amylase salivaire), végétaux notamment. Certains troubles hormonaux comme le diabète exposent également aux bézoards.

Des fibres alimentaires, des cailloux…

Les bézoards peuvent concerner presque tous les résidus alimentaires non digérables par l’organisme, ou qui ne franchissent pas l’estomac. Sans surprise, la prévention passe donc par la réduction, voire l’arrêt de l’ingestion des substances responsables.

Schématiquement, on parle de :

  • Phytobézoard, lorsque le bézoard est constitué de fibres alimentaires. Parmi les aliments à risque, on retrouve les agrumes surtout (oranges consommées en excès), mais aussi les asperges, le chou…
  • Trichobézoard, lorsque le débris est constitué de cheveux ou de poils, un cas fréquent dans les cas de trichotillomanie. Un trouble psychologique qui amène parfois à s’arracher de façon compulsive les cheveux ou les poils pour les absorber en totalité ou en partie (bulbes). Les trichotillomanes n’ont pas l’apanage des trichobézoards qu’on peut donc retrouver chez les enfants ou chez les personnes victimes de troubles psychiatriques sévères.
  • Lactobézoard, qui correspond à l’accumulation gastrique de lait en poudre chez le nourrisson.
  • Concrétions minérales. Jadis, cette concrétion dure retrouvée dans l’estomac était d’ailleurs appelée « perle d’estomac » ou « perle de fiel ». En pratique, elle correspond à l’ingestion de terre, de graviers ou de cailloux.
  • Pharmacobézoards, en cas d’amas médicamenteux ou de leur enveloppe.

Peu de signes

La plupart du temps, le bézoard est de taille modeste et s’avère asymptomatique et donc bien toléré, hormis chez l’opéré de l’estomac chez qui il peut provoquer des ballonnements juste après le repas, une anorexie, une satiété précoce, des douleurs vagues ou des diarrhées, ainsi que des renvois nauséabonds (putréfaction intra-gastrique des débris alimentaires). Lorsque le bézoard est particulièrement volumineux et emplit l’estomac, les symptômes apparaissent. S’alimenter devient difficile.

Occlusion intestinale

Phénomène rare, le bézoard peut se révéler à l’occasion d’une occlusion intestinale, lorsque tout ou partie de l’amas alimentaire se fragmente et migre dans le proche intestin grêle, provoquant des douleurs abdominales et un blocage significatif et très évocateur des matières et des gaz signant l’occlusion.

Fibroscopie

C’est bien souvent une simple radiographie de l’abdomen, ou abdomen sans préparation (ASP), qui met le praticien en alerte, montrant une image inhabituelle flottant dans l’estomac. En toute logique, le médecin ne tarde pas à prescrire une fibroscopie gastrique qui montre le bézoard. Le scanner, l’échographie, voire le scanner peuvent être requis.

Le traitement médical…

Sans surprise, le choix du traitement dépend essentiellement de la nature et de la taille du bézoard responsable. En pratique, devant un bézoard d’origine végétale et de faible volume, une alimentation sans résidus (pas de fibres), des repas fractionnés et de petits volumes ainsi que des boissons abondantes (2 à 3 litres par jour) peuvent suffire à dissoudre l’amas alimentaire. Des lavages gastriques via une sonde peuvent être également efficaces de même que les accélérateurs du transit.

… Avant l’intervention

L’endoscopie peut arriver à fractionner le bézoard. En cas d’échec, et devant un bézoard qui devient problématique car volumineux, le recours à l’intervention chirurgicale est nécessaire afin de retirer l’amas gastrique.

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