Goutte : des précisions

J’ai une question au sujet de l’article sur la goutte, paru dans le numéro de décembre-janvier dernier. Il est dit que les diurétiques et l’aspirine peuvent provoquer la goutte. Pourtant, dans les conseils, sont données des plantes « aspirin-like » (reine-des-prés, bouleau). Peut-être manque- t-il une explication ?

Mme L. de l’Eure


Vous avez raison, dans l’article, je mentionne que l’aspirine peut favoriser les crises de goutte, tout en conseillant ensuite des plantes souvent qualifiées d’« aspirin-like ».

La confusion vient du fait que l’on met sous la même étiquette des substances qui n’ont pas du tout le même comportement. La prise d’aspirine au long cours (qui concerne la plupart des usages chroniques des antiagrégants) augmente l’acide urique sanguin (par inhibition urinaire de l’acide urique). L’aspirine est de l’acide acétylsalicylique, une molécule de synthèse acétylée qui, à faible dose, diminue l’élimination rénale de l’acide urique. La prise d’aspirine au long cours a donc pour conséquence de favoriser les crises de goutte en lien avec l’acidose métabolique. La reine-des-prés (Filipendula ulmaria) contient des salicosides (qui se transforment en salicylates naturels), des tanins, des flavonoïdes, des composés anti-inflammatoires non salicylés. Il ne s’agit pas de salicylates acétylés comme l’aspirine.

La différence majeure :

L’aspirine (acide acétylsalicylique) modifie les transporteurs de l’acide urique.

La reine-des-prés (salicylates naturels non acétylés) ne bloque pas ces transporteurs rénaux. Elle n’a donc pas l’effet hyperuricémiant de l’aspirine.

Quant au bouleau, c’est l’un des meilleurs « draineurs » de l’acide urique : les feuilles et la sève ont un effet diurétique puissant mais doux (il augmente le volume urinaire, accélère l’élimination de l’acide urique). Le bouleau stimule la filtration glomérulaire et la clairance rénale. Il baisse l’acide urique circulant, diminuant l’intensité et la durée de la crise. Le bouleau contient parfois de petites traces de salicylates, mais en quantité très faible, non acétylés, et sans impact sur les transporteurs rénaux de l’acide urique.

Marianne Houart-Bugnicourt

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