DMLA, les nutriments-clés pour garder bon pied… bon œil

Dégénérescence maculaire liée à l’âge : voilà un nom de maladie bien long et bien compliqué ! Par commodité, on l’appelle donc par son « petit nom » : DMLA.

Maculaire fait référence à la macula, partie centrale de la rétine, qui transmet au cerveau 90% de l’information visuelle traitée. Dans la DMLA, il y a donc atteinte de la macula. Très ennuyeux quand on sait que c’est sur elle que se forme l’image de l’objet regardé ! On a aussi grand besoin de la macula pour reconnaître les détails – ce qu’on appelle la vision fine – et différencier les couleurs.

La maladie est à ce point « liée à l’âge » que son nom même en tient compte. On aurait même pu aller jusqu’à préciser « liée au grand âge » dans la mesure où plus on avance en âge, plus le risque augmente. On estime ainsi que plus de 25% de la population est concernée par cette affection après l’âge de 75 ans ! Récemment, je lisais que la France devrait compter 4,8 millions de personnes âgées de 85 ans et plus en 2050, soit 3 fois plus qu’actuellement (1,4 million). Il faut donc s’attendre à ce que la DMLA devienne un véritable problème de santé publique, au même titre qu’Alzheimer, maladie avec laquelle la DMLA partage étrangement certaines similitudes.

« DMLAlzheimer »

Comme Alzheimer, la DMLA se développe en silence. Les premiers dommages subis par la macula passent inaperçus, en particulier les dépôts amyloïdes, qui font immanquablement penser aux plaques amyloïdes se formant autour des cellules nerveuses dans la maladie d’Alzheimer. Lorsque le diagnostic d’Alzheimer est posé, il est déjà trop tard.

Dans la DMLA, c’est pareil : lorsque les symptômes de la maladie se manifestent (déformation des images, impression d’éclairage insuffisant ou impression de trou au centre du champ visuel), le mal est déjà fait, d’autant plus s’il s’agit de la forme dite « sèche ».

Sèche ou humide ?

On distingue en effet deux formes de DMLA :

  • la forme sèche (80 à 90 % des cas), incurable, mais d’évolution généralement lente ;
  • et la forme humide, qui s’avère être la forme la plus agressive, mais pour laquelle il existe des traitements susceptibles de contenir la maladie : photocoagulation au laser, photothérapie dynamique, anti-VEGF.

Les dommages subis par la macula entraînent une perte progressive de la vision centrale. Quand la macula est détruite, la personne ne peut plus lire, écrire, conduire, regarder la télévision ou reconnaître le visage de la personne en face d’elle. Seule demeure la vision périphérique, autrement dit la vision sur les côtés. La DMLA est la première cause de malvoyance chez les plus de 50 ans. Un tableau bien sombre qui nous invite à ne pas attendre d’être devenu octogénaire pour s’engager dans une prévention active de la DMLA.

Une maladie de l’oxydation et de l’inflammation

Il est frappant de constater que les modalités de développement de pathologies telles que la maladie d’Alzheimer, le cancer et l’athérosclérose rappellent celles observées dans la DMLA.

Qu’est-ce que cela signifie ? Que la DMLA est elle aussi une maladie de l’oxydation et de l’inflammation, bref une maladie de terrain qui, à ce titre, n’a rien d’une fatalité absolue, pour peu que l’on prenne les mesures qui s’imposent, à commencer par l’arrêt définitif du tabac. Fumer multiplie par 3 à 6 le risque de développer une DMLA !

Le tabagisme a pour effet de provoquer un stress oxydatif important. Or le stress oxydatif favorise un vieillissement prématuré de l’organisme et l’apparition ou l’aggravation de nombreuses pathologies associées au stress oxydatif, comme la DMLA.

D’où la mise en œuvre, depuis les années 90, d’études cliniques visant à évaluer l’impact d’un traitement antioxydant dans la DMLA.

À la découverte des nutriments-clés

L’étude faisant référence en matière de DMLA est l’étude AREDS (Age-Related Eye Disease Study), publiée en 2001. Les participants ont pris au long cours des doses supra-nutritionnelles d’antioxydants classiques, à savoir vitamine C, vitamine E, bêtacarotène et zinc. Au final, ce sont les participants déjà sérieusement touchés par la maladie qui ont tiré bénéfice de la prise du cocktail antioxydant (diminution de 25 % du risque d’évolution vers une DMLA grave).

En 2004, l’étude LAST a mis en lumière l’intérêt thérapeutique d’un bon apport en lutéine chez les patients atteints de DMLA (meilleure acuité visuelle, meilleure sensibilité aux contrastes…). La macula doit sa couleur jaune aux pigments antioxydants chargés de la protéger contre la lumière bleue et les rayons UV. Ces pigments sont des caroténoïdes, au premier rang desquels figure la lutéine, suivie de la zéaxanthine. Les concentrations de lutéine et de zéaxanthine dans les yeux des personnes atteintes de DMLA sont inférieures de plus de 30 % par rapport à celles observées chez les personnes âgées possédant encore une vision normale. Les légumes à feuilles vertes (épinards, choux, brocolis, salades…) constituent d’excellentes sources de lutéine et zéaxanthine.

Toujours en 2004, une autre étude a montré l’existence d’un lien entre apports alimentaires en oméga-3 et DMLA. En clair, plus le régime alimentaire est riche en oméga-3, moins on est susceptible de développer une DMLA. Les meilleures sources alimentaires d’oméga-3 sont les poissons gras, les noix et les huiles végétales de colza, noix et lin. À noter que dans l’étude AREDS2, démarrée en 2006, la formule précédemment employée a été complétée, incluant désormais oméga-3, lutéine et zéaxanthine.

Pour en revenir aux oméga-3, sachez qu’ils protègent la rétine grâce à leur action anti-inflammatoire et antiangiogénique. Diable, que peut bien signifier ce terme barbare d’anti-angiogénique ? En deux mots, cela veut dire que les oméga-3 sont capables d’empêcher la prolifération des minuscules vaisseaux sanguins à laquelle on assiste dans la forme la plus agressive de DMLA (forme humide). Les oméga-3 partagent cette propriété avec d’autres anti-angiogéniques naturels tels que le thé vert, le curcuma, le gingembre et la vitamine D.

À propos de vitamine D, un lien entre déficience en vitamine D et DMLA a été mis en évidence pour la toute première fois en 2007. Récemment, des chercheurs ont prouvé que l’administration de vitamine D à des souris âgées suffisait pour diminuer les dépôts amyloïdes et enrayer les processus inflammatoires à l’œuvre dans la rétine. Résultat : une amélioration significative de la vision des souris.

Enfin, Janos Feher et ses collègues hongrois ont montré qu’une formule associant oméga-3, coenzyme Q10 et acétyl-L-carnitine donnait de bons résultats sur la DMLA légère (diminution des dépôts amyloïdes, meilleure acuité visuelle…).

Un tableau pour tout résumer

Après ce bref survol de la littérature scientifique (1), nous voici en mesure de rassembler dans un seul tableau les principaux nutriments protecteurs de la rétine, avec indication des apports journaliers requis dès les premiers stades de la maladie.

Nutriments protecteursDosages utilisés dans les études cliniques
Vitamine C500 mg (AREDS1)
Vitamine E400 UI (AREDS1)
Bêta-carotèneRemplacé par lutéine + zéaxanthine dans la formule AREDS2
Zinc (2)80 mg (AREDS1)
Lutéine10 mg (AREDS2)
Zéaxanthine2 mg (AREDS2)
Oméga-3 DHA/EPA350 mg DHA
+ 650 mg EPA (AREDS2)
Acetyl-L-carnitine100 mg (FEHER)
Coenzyme Q1010 mg (FEHER)
Vitamine DNon déterminé à ce jour

(1) Des recherches récentes ont fait apparaître la capacité du sulforaphane à protéger les cellules rétiniennes du stress oxydatif. Le sulforaphane est un phyto-composé présent dans les crucifères, en particulier dans les brocolis.

(2) L’apport en zinc étant élevé, la formule AREDS comprend également 2 mg de cuivre (l’excès de zinc bloque l’absorption du cuivre).

L’union fait la force

Si une supplémentation s’impose, ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Autrement dit, ne pas tout miser sur un, voire deux nutriments, aussi essentiels soient-ils, mais choisir en priorité un complexe antioxydant/anti-inflammatoire savamment formulé. Il existe sur le marché un certain nombre de compléments alimentaires à visée oculaire dont la composition s’inspire plus ou moins des formules AREDS1 et AREDS2.


Dépister la DMLA

À partir d’un certain âge, le minimum que l’on puisse faire est de tester régulièrement sa vue afin de détecter le plus précocement possible la moindre anomalie. Voici un test de dépistage que tout un chacun peut réaliser :

  1. Recouvrir l’œil droit de la main droite.
  2. Avec l’œil gauche, regarder un texte imprimé ou une feuille quadrillée.
  3. Changer d’œil et répéter l’opération.


Si les lignes paraissent déformées, si les carrés ne paraissent pas tous de la même taille ou encore s’il existe une zone où l’on ne voit rien (cf exemple ci- dessus), ce n’est pas bon signe. Une consultation médicale s’impose dans les meilleurs délais.

Ceux qui veulent bien faire les choses se serviront de la grille d’Amsler pour effectuer le test de dépistage. Il est facile de trouver et télécharger depuis Internet la grille d’Amsler. Une adresse : www.pharma. novartis.fr – Aller sur l’onglet « Campagne DMLA », puis cliquer sur « Test d’Amsler ».

Voir la vie en bleu, c’est pas bon pour les yeux

On connaît déjà nombre de facteurs susceptibles d’aggraver le risque de DMLA : tabagisme, pollution atmosphérique, obésité, alimentation pauvre en antioxydants et en oméga-3, prédisposition génétique… Un nouveau facteur est à ajouter à la liste : l’éclairage LED, qui émet une quantité importante de lumière bleue. Or la rétine se montre sensible à la lumière bleue. Un rapport de l’Anses datant de 2010 souligne que « les effets aggravants de la lumière bleue sur la DMLA sont fortement soupçonnés et issus d’observations convergentes sur des modèles expérimentaux ». Les LED sont largement employés pour le rétroéclairage des nouveaux objets high-tech, en particulier les tablettes, qu’il est par ailleurs déconseillé d’utiliser longuement avant le coucher (diminution significative de la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil).

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