Conservateurs, cancers et diabète de type 2 : encore des preuves accablantes…

Les conservateurs appartiennent à la famille des additifs alimentaires et sont très largement utilisés par l’industrie agro-alimentaire à l’échelle mondiale. Parmi les trois millions et demi d’aliments et de boissons répertoriés en 2024, plus de 700 000 contiennent au moins une de ces substances.

Deux nouvelles études montrent une association flagrante entre la consommation d’aliments et boissons contenant des conservateurs, c’est-à-dire des produits transformés, voire ultra transformés, et les maladies chroniques les plus fréquentes.

Les additifs « conservateurs » ont été regroupés en deux catégories : les non-antioxydants (qui inhibent la croissance microbienne ou ralentissent les changements chimiques conduisant à la détérioration des aliments) et les antioxydants (qui retardent ou empêchent la détérioration des aliments en éliminant ou en limitant les niveaux d’oxygène dans les emballages). Les conservateurs correspondent généralement aux codes européens compris entre E200 et E299 (pour les conservateurs au sens strict) et entre E300 et E399 (pour les additifs antioxydants).

Pour connaître leur incidence sur la santé, des chercheurs et chercheuses de l’Inserm, l’INRAE, l’Université Sorbonne Paris Nord, l’Université Paris Cité ou encore le CNAM, tous regroupés sous la bannière de l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Cress-Eren), ont analysé les données de plus 100 000 personnes.

Les résultats de leurs travaux ont été récemment publiés, d’une part dans le BMJ (British Medical Journal), d’autre part dans la revue Nature Communications. Ils font état d’effets particulièrement inquiétants.

La première étude, publiée dans le BMJ, montre que l’importance de la consommation de conservateurs alimentaires est associée à un risque accru de développer un cancer. Au cours de la période de suivi, 4 226 participants (sur les 105 260 de cette étude) ont reçu un diagnostic de cancer, dont 1 208 cancers du sein, 508 cancers de la prostate, 352 cancers colorectaux et 2 158 autres cancers.

La consommation totale de conservateurs non-antioxydants était associée à une incidence accrue de cancer au global et de cancer du sein spécifiquement.

Une consommation plus élevée de plusieurs conservateurs (principalement des conservateurs non-antioxydants) était corrélée à un risque plus élevé de cancer par rapport aux plus faibles consommations :

  • la prise de sorbates, en particulier le sorbate de potassium, allait de pair avec une augmentation de 14 % du risque global de cancer et de 26 % celui de cancer du sein ;
  • les sulfites étaient associés à une augmentation de 12 % du risque global de cancer. En particulier, le métabisulfite de potassium, avec une incidence accrue de 11 % de cancer au global et 20 % de cancer du sein ;
  • le nitrite de sodium était lié à une augmentation de 32 % du risque de cancer de la prostate, tandis que le nitrate de potassium était en lien avec une augmentation du risque de cancer en général (13 %) et de cancer du sein (22 %) ;
  • les acétates, quant à eux, étaient en rapport avec une augmentation du risque de cancer en général (15 %) et de cancer du sein (25 %), tandis que l’acide acétique l’était avec une augmentation de 12 % du risque de cancer en général.

Parmi les conservateurs antioxydants, seuls les érythorbates totaux et l’érythorbate de sodium spécifique se sont avérés en lien avec une incidence plus élevée de cancer au global (12 %) et du sein (21 %).

Les chercheurs notent que plusieurs études expérimentales ont observé que certains de ces composés peuvent altérer les voies immunitaires et inflammatoires, ce qui pourrait déclencher le développement d’un cancer.

La seconde étude, dont les résultats ont été publiés dans Nature communications, montre le lien entre la consommation de conservateurs et un risque accru de diabète de type 2. Entre 2009 et 2023, 1131 cas de diabète de type 2 ont été identifiés parmi les 108 723 participants de cette étude. Sur les 17 conservateurs étudiés individuellement, une consommation plus élevée de 12 d’entre eux était associée à un risque accru de diabète de type 2 : des conservateurs alimentaires non-antioxydants largement utilisés – sorbate de potassium (E202), métabisulfite de potassium (E224), nitrite de sodium (E250), acide acétique (E260), acétate de sodium (E262) et propionate de calcium (E282) – et des additifs antioxydants : ascorbate de sodium (E301), alpha-tocophérol (E307), érythorbate de sodium (E316), acide citrique (E330), acide phosphorique (E338) et extraits de romarin (E392). Pour Mathilde Touvier, Directrice de Recherche Inserm : « Ces travaux justifient une fois de plus les recommandations du Programme national nutrition santé faites aux consommateurs de privilégier les aliments frais et peu transformés et de limiter autant que possible les additifs superflus. »

Si vous aussi, vous souhaitez participer à ces recherches, n’hésitez pas à vous inscrire et à répondre aux questionnaires proposés sur la plateforme sécurisée etude-nutrinet-sante.fr.

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