Les teintures-mères : la phytothérapie concentrée pour se soigner efficacement

Macérées dans un mélange d’eau et d’alcool selon des critères bien précis, certaines plantes donnent le meilleur d’elles-mêmes ou presque. Découvrez leur univers.

1. Qu’est-ce qu’une teinture-mère ?

C’est une base d’alcool dans lequel on fait macérer des plantes fraîches pendant 10 à 20 jours, puis on pratique une expression dans des presses hydrauliques, puis une filtration. Enfin, l’extrait obtenu est contrôlé, car les TM sont définies précisément à la Pharmacopée Française. Si l’on utilise des plantes séchées, cela s’appelle une teinture officinale.

Double but de la teinture : conserver parfaitement les plantes qui, grâce à l’alcool, ne s’abîment pas et en extraire les principaux principes actifs. Les TM sont beaucoup plus concentrées en principes actifs que les tisanes : on ne les emploie pas à la légère ! La TM est donc de la phytothérapie, mais c’est aussi le point de départ de toute fabrication de médicament homéopathique, par dilutions et agitations successives ; elle est donc à la lisière entre ces deux pratiques médicales.

2. À quelle quantité de plantes correspondent les teintures-mères ?

On ne peut pas comparer une plante avec des extraits alcoolisés de cette même plante : leurs usages et teneur en principes actifs disponibles n’ont rien à voir. Ainsi, certaines molécules de la plante sont solubles dans l’alcool, on les retrouve donc dans les TM, d’autres pas.

  • Molécules solubles dans l’alcoolAlcaloïdes, caroténoïdes, chlorophylle, coumarines, flavonoïdes, glycosides, vitamines B* et PP.
  • Molécules solubles dans l’eauVitamines B*, C, P…
  • Molécules solubles dans le gras (l’huile par exemple) : Graisses/acides gras (type oméga 3, 6, 9), vitamines A, D, E, K

* Certains principes actifs, comme les vitamines B, sont solubles dans l’alcool et dans l’eau.

3. Comment les utilise-t-on ?

  • Par voie interne – Généralement, la posologie est de 3 X 30 gouttes par jour, soit 30 gouttes matin, midi et soir, juste avant les repas. Mais elle peut changer selon la TM, le problème à traiter, l’âge du patient… On mélange les gouttes avec de l’eau, des tisanes ou des jus de fruits, et on boit par petites gorgées. Si l’on recherche une action immédiate, par exemple antidouleur, on peut aussi poser les gouttes directement sous la langue.
  • Par voie externe – En gargarismes, en compresses, en application sur les plaies, les zones douloureuses, les piqûres… (ex. calendula, phytolacca).

4. Comment fabriquer soi-même un extrait qui leur ressemble un peu ?

Le principe général :

  • On fait macérer dans un bocal hermétiquement fermé une poignée de plantes fraîches hachées dans un demi-litre d’alcool comestible à 90° (type alcool à 90° en pharmacie, ou Vodka, alcool du commerce pauvre en additifs, eau-de-vie, rhum), soit 6 g de plantes séchées pour 100 ml d’alcool. Mais en réalité, chaque plante étant différente, certaines réclament un traitement plus « doux » (80°, ou même 75°), surtout si vous utilisez des plantes sèches (alcool à 60° maxi).
    Certaines doivent démarrer « à chaud », la valériane, par exemple, réclame un alcool à 90° bouillant. Veillez toujours à recouvrir intégralement les plantes d’alcool, sinon vos végétaux vont pourrir. Ce point est plus important que le respect exact des proportions. Le plus simple est donc de mettre d’abord les plantes dans le bocal, puis de recouvrir largement d’alcool.
  • On laisse macérer de 3 à 5 semaines (1 à 2 semaines seulement pour la teinture officinale), en prenant soin de bien secouer tous les jours.
  • On filtre le liquide à travers une mousseline, en pressant bien pour récupérer le maximum de teinture, donc de principes actifs.
  • On transvase dans des petits flacons teintés, pour mettre la préparation à l’abri de la lumière, munis d’un compte-gouttes pour facilement doser les prises.
  • On consomme la préparation dans les 3 ou 4 ans, seuil au-delà duquel il est nécessaire de filtrer à nouveau, car la teinture épaissit au fil du temps. La TM reste efficace facilement 6 à 10 ans après sa fabrication.

QU’Y A-T-IL DANS L’ALCOOL À 90° C ?

90 % d’alcool pour 10 % d’eau. Dans l’alcool à 50 %, 50 % d’alcool pour 50 % d’eau, etc. Lorsque l’on met à macérer des plantes fraîches dans de l’alcool, elles vont y larguer leur propre eau, donc modifier la concentration. Si votre alcool est trop faiblement titré au départ, il n’extraira pas correctement les principes actifs, et en plus les plantes risquent de pourrir. En revanche, les plantes sèches, par définition, ne rendront pas d’eau : un alcool plus faible suffit.

5. Quels sont les avantages et les inconvénients à les faire soi-même ?

Lorsque l’on prépare soi-même ses TM, l’avantage est de pouvoir ensuite les mélanger avec d’autres TM d’autres plantes, et même d’y ajouter des huiles essentielles. Mais il faut vraiment s’y connaître : ce n’est pas comme de faire infuser quelques feuilles de menthe fraîche dans une tasse pour une infusion digestive ! Par exemple, si l’on fait une teinture de zestes de citron ou d’orange, il faut compter beaucoup plus de « plante » au départ, soit environ 50 g d’écorce pour 100 g d’alcool à 80°. Enfin, certaines TM, dangereuses, comme celle de muguet ou de digitale, sont réservées à la prescription médicale, et donc formellement déconseillées en automédication.

6. Quels sont les avantages et les inconvénients à les acheter toutes prêtes ?

Nous vous recommandons vivement de les acheter toutes prêtes, car c’est d’une part beaucoup plus simple, d’autres part elles répondent alors à des normes de phytothérapie très strictes, que seules peuvent respecter les laboratoires. On est alors certain de leur teneur en principes actifs et de leur « pureté ».

Par ailleurs, les plantes fraîches ne sont pas sans danger si elles sont mal manipulées, et encore plus évidemment si vous les confondez, ce qui est toujours possible. Et bien entendu, on ne dispose pas tous d’un jardin renfermant les « simples » nécessaires à nos besoins. Par exemple, contre l’arthrose, la TM de scrofulaire noueux est indiquée. Vous savez à quoi ça ressemble, de la scrofulaire ? Et quand ça se récolte ? Et si vous avez mal aujourd’hui, aurez-vous envie d’attendre 1 à 2 mois pour profiter de votre TM ? Enfin, les TM ne coûtent pas cher : environ 5 à 6 € le flacon de 125 ml. L’inconvénient : pas toujours évident de trouver une TM bio, toutes n’existent pas en bio d’ailleurs, loin s’en faut…

7. Peut-on les utiliser chez le bébé ou l’enfant ?

Non. Il est hors de question de donner de l’alcool aux jeunes enfants, sous quelque forme que ce soit. On peut éventuellement proposer des glycérinés, lorsqu’ils existent, tout en sachant que la glycérine extrait d’autres composants que l’alcool. Par exemple, la TM de cyprès est bonne pour la circulation veineuse, tandis que l’extrait glycériné (EPS) de cyprès est antiviral… !

8. Que soigner avec les teintures-mères ?

À chaque TM ses propriétés. L’orthosiphon est drainant, le ginseng antifatigue, le millepertuis antidéprime, la bardane traite les problèmes de peau… On trouve de très nombreuses TM étonnantes, par exemple celles d’avoine, d’igname, de camphre, d’encens, de pâquerette, de lichen d’Islande, de blé, de riz, de cresson, de roquette, de cascara, de griffe du chat et même de propolis (la première dilution délivrée en propolis est la 4 CH).

La TM, particulièrement active, permet de traiter nombre de troubles quotidiens, dont voici un petit abécédaire

Acné : consoude
Anémie/manqued’appétit : angélique chinoise, gentiane
Angine, amygdalite : myrrhe (en gargarismes)
Aphtes : réglisse, myrrhe (à appliquer)
Arthrite : bardane, igname
Arthrose : harpagophytum (griffe du diable), scrofulaire noueux
Asthme : éphédra

Bronchite asthmatiforme : échinacée
Brûlures d’estomac : curcuma, réglisse

Candidose : lapacho
Candidose buccale : échinacée, myrrhe, réglisse
Cholestérol : avoine, harpagophytum
Colopathie : aloe vera, viorne
Constipation : aloe vera, séné
Coups (bosses, bleus) : arnica (en externe)
Crampes, douleurs musculaires : viorne (en interne ET en externe)

Diarrhée : ginseng, thym
Déprime, (dépression légère) : millepertuis (si importante ou pour sevrage antidépresseurs)
Digestion lente : angélique chinoise, gentiane, gingembre, sauge

Eczéma : curcuma, pissenlit
Engelure : échinacée (en externe, pour stopper les saignements)
Envie de sucreries (pour calmer) : gentiane

Fatigue : ginseng, guarana, kola, palmier scie. Si suite à une maladie virale : lapacho
Fièvre : saule blanc
Foie fatigué : artichaut, boldo, chardon-Marie, gentiane, pissenlit, radis noir

Gaz, flatulences : gentiane, girofle
Gêne respiratoire : viorne
Gingivite : réglisse, myrrhe (à appliquer)
Grippe : reine-des-prés

Herpès (et aussi Varicelle, Zona) : millepertuis
Hypertension : ail, gingembre
Hypotension : romarin

Immunité (renforcer) : échinacée, leptospermum, thym
Infections répétées : échinacée
Infection urinaire (cystite…) : buchu, busserole, maïs (stigmate)
Insomnie : aubépine, coquelicot, houblon, lavande, mélisse, passiflore, valériane

Maux de tête, migraine : saule blanc (douleur aiguë), tanaisie (traitement de fond)
Mémoire, concentration (seniors) : ginkgo, gotu kola
Ménopause : actée à grappe
Minceur : guarana, thé de Java

Piqûre d’insecte/enflure : lavande (en externe), ortie
Problème de peau : bardane, souci
Prostate (hypertrophie) : courge, palmier de Floride. Si prostatisme : ortie

Refroidissement : éphédra
Rétention d’eau/d’urine : lespedeza, orthosiphon, piloselle, solidago
Rhinite : sceau d’or
Rhumatismes : cassis, éphédra, harpagophytum, reine-des-prés, sauge, saule blanc (en interne et/ou externe, à voir selon les cas)
Rhume des foins : éphédra, plantain, scutellaire, sureau

Stress : aubépine, coquelicot, kava
Surmenage : ginseng

Tendinite : harpagophytum
Toux : eucalyptus, thym
Troubles cardiaques : aubépine
Troubles des règles/règles douloureuses : agnus-castus, angélique chinoise, cimicaire
Troubles digestifs : menthe
Troubles circulatoires vasculaires : ginkgo biloba
Troubles veineux : hamamélis, marron d’Inde, olivier, petit houx, vigne rouge

Varices : hamamélis et marron d’Inde (à appliquer)
Vésicule biliaire : gentiane.

Sans précision de posologie ou de voie d’utilisation, ces teintures-mères sont à prendre en interne, en respectant les recommandations précisées sur le flacon par les fabricants. Généralement 10 à 50 gouttes avant chaque repas, jusqu’à disparition des symptômes.

Pourquoi s’abonner à Rebelle-Santé ?

Magazine

À lire aussi

Comment faire ses teintures-mères

Ce mois-ci, petit focus sur les teintures-mères ! Comme les gens qui font les lois font parfois n’importe quoi, de très nombreuses teintures-mères sont appelées à disparaître… et comme nous, on n’a pas envie de se passer de ces petites merveilles, eh bien, on va apprendre à se les fabriquer !